« Le “ça” en psychanalyse, depuis Nietzsche, Groddeck et Freud, se distingue de toute forme de pronom grammatical ou d’article déterminant. Dans “La question de l’analyse profane” Freud nous figure le ça inconscient, impersonnel, par l’usage qu’en fait fréquemment l’homme ordinaire en parlant lorsqu’il dit [en français dans le texte] : “j’avais ça en moi”, “c’était plus fort que moi”… L’importance de ce genre d’expressions est que nous pouvons clairement y distinguer le ça pronom du ça inconscient, même si le névrosé s’entête à les amalgamer. “J’avais ça en moi”, quoi ça ? Cette maladie ? Si c’est une maladie, ou quelle qu’autre chose de définissable, il s’agit simplement du pronom. Si c’est ineffable, innommable, indéfinissable si on le désigne comme “force inconnue” qui ne se réduit à rien, nous sommes en présence du “ça”. Dans “le moi et le ça” Freud se référant à Groddeck nous dit justement que : “nous sommes ‘vécus’ par des forces inconnues et impossibles à maîtriser. Nous avons tous éprouvé de telles impressions”. Distinguer le ça pronom du ça inconscient c’est distinguer l’inconscient du conscient. Le ça est cette dimension de nous-mêmes qui est sans nom, sans dieu ni maître, sans opinion, inopinée. Certes le conscient et l’inconscient, pour reprendre un exemple formel, sont noués ensemble à la manière des cercles d’Euler (XVIIIe). Le champ d’intersection de ces cercles y est, en quelque sorte, exclu de leur différence. Le champ d’intersection forme une zone dans laquelle le conscient et l’inconscient se confondent : c’est la névrose. Toutefois ces cercles sont suffisamment distincts et manœuvrables topologiquement pour qu’on ne les confonde pas. Lacan nous fait remarquer qu’ici “la conjonction disjonctive soutient l’alternative”. L’inconscient n’est pas le conscient sauf dans cette zone d’intersection pathologique où l’on ne saurait dire si cette aire appartient à l’inconscient ou au conscient. » (Guy Massat et Xiaoxi Xiao, Comment traduire «Ça » en chinois ?)
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